71. SIS : Salon international pour les seniors

Il a fallu le faire, ça ne pouvait plus continuer.

L’appellation de foire conviendrait mieux. Cependant « Salon » sonnait plus chic et celui-ci avait pour vocation d’attirer et d’éblouir une très large population européenne senior en sillonnant les villes les plus importantes pour présenter les dernières nouveautés en matière de santé, de fiscalité, de patrimoine, de loisir, d’activités, d’aides à (avec une liste impressionnante de toutes les aides possibles), de logement, de sécurité, de tourisme, de transports, d’assurances, d’alimentation, d’appareils en nouvelles technologies, etc.

Le SIS gonflable (présumé plus écologique) s’installait sur un terrain vague en bordure d’agglomération en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et se désinstallait avec la même facilité ; les commodités se composaient de toilettes sèches (plus écologique) ; des navettes transportaient les gens jusqu’au lieu d’élection pour éviter des embouteillages (plus écologique) ; la visite se faisait sur rendez-vous pour assurer un service optimal et une prise en compte des considérations de chacun et de chacune (plus humain) en évitant la surchauffe due à la foule (plus écologique). On entrait par une aire de jeux réservés aux enfants puis on suivait un chemin plat et très balisé avec des aménagements spéciaux pour les chaises roulantes proposées à l’entrée poussées par des jeunes étudiants (plus intergénérationnel) et on passait le premier sas réservé aux quinquas (génaires). Le SIS, Salon international pour les seniors, commençait véritablement par cette tranche d’âge, mais les organisateurs préféraient passer sous silence cette dernière information et faire comme si de rien n’était, puis l’intérieur de la bulle (pas écologique) se divisait en différents espaces par âge : les Sexas (génaires), les Septuas (génaires), les Octos (génaires), les Nonas (génaires) et enfin les Centes (naires). Dans chacun, on traitait des mêmes sujets sous des angles adaptés aux spécificités des intérêts des seniors concernés.

Il aurait fallu le faire depuis longtemps, mais personne n’a rien vu venir. On ne pensait pas en arriver là. Il a fallu le faire. Ça ne pouvait plus continuer.  

Nul besoin d’avoir fait de grandes écoles pour comprendre très rapidement que les meilleurs produits coûtaient une blinde et qu’à ce prix (pas écologique du tout) vous aviez une santé, un beau cadre de vie et un bien-être assurés. En-dessous, fallait faire avec la misère et peu de stand leur était consacré. On incitait surtout au crédit pour vivre sa tranche d’âge dans la joie et la bonne humeur.

La silver économie représentait le nouvel eldorado et le SIS son temple. Ici place aux innovations qui répondent aux besoins des seniors actifs, ici place aux solutions à apporter aux seniors fragiles, ici place au marché juteux (pas du tout écologique avec un chiffre d’affaires se calculant en milliards). Difficile de passer à côté d’une telle aubaine : sus aux vieux et aux vieilles dans la joie et la bonne humeur ! Les perspectives de ce marché sont… comment dire ?… mirobolantes !

Le SIS itinérant annonçait toujours son arrivée dans une nouvelle ville par un matraquage sonore et visuel publicitaire invasif (pas du tout écologique).

Il n’y avait pas d’autres solutions… Ça ne pouvait plus continuer. 

Toute personne, à partir de 50 ans, recevait sur son téléphone, dans sa boîte aux lettres virtuelle et matérielle, sur ses écrans… des messages individualisés à ses prénom et nom, suivis d’un appel téléphonique de relance dans les trois jours (une voix cajoleuse qui caressait dans le sens du poil) pour proposer des entrées gratuites. Il fallait reconnaître un formidable travail de relevés de données personnelles (interdits par la loi).

Il a bien fallu qu’on fasse quelque chose. Ça ne pouvait plus continuer. Alors on est venus, à nombreux, de tous les âges, que des seniors, et on a taggé tout le chemin : « on n’est pas des produits de marketing » « on n’est pas des cibles marketing » « on est des êtres humains ». On leur a détourné leurs navettes. On leur a crevé leur SIS gonflable. On leur a pourri leur tournée internationale itinérante. Et on a gagné. Cette manche-là. On les a prévenus qu’on ne se laissera plus faire, qu’on ne se laissera plus tondre la laine sur le dos.

https://www.youtube.com/watch?v=wyMPLotr224 Mc Solaar – Sonotone

10 commentaires sur « 71. SIS : Salon international pour les seniors »

  1. « Ça ne pouvait plus continuer. Alors on est venus »
    C’est bien mais… on aurait pu imiter les petits cons qui convoquent des navet parties, ô pardon, on me dit qu’il s’agit de ‘rave’ parties, par réseaux sociaux interposée et… IGNORER TOUT RASSEMBLEMENT en ces temps d’incertitude sanitaire.

    « On les a prévenus qu’on ne se laissera plus faire »
    Excellente initiative. J’ai une idée: Et si on revêtait des gilets de couleur, jaunes par exemple, qu’on descende dans la rue et qu’on hurle des slogans contre certaines contraintes distillées par les gouvernements?

    C’est vrai que je rêve, tout en cherchant sur le net si le prochain Salon de l’agriculture, Roland Garros, les Marchés de Noël et le Championnat de foot auront bien lieu…

    Merci Louise et amicales salutations.

    Aimé par 1 personne

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