107. William

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, William et sa guitare se tenaient compagnie.

Un jour, l’instrument fut posé à ses côtés, par qui ? pourquoi ? aucune idée, mais ces quelques cordes bouleversèrent sa vie, sans présager qu’il s’agirait dans les faits de toute sa vie.

Personne dans son entourage ne comprit son engouement, mais faudrait-il plutôt le nommer passion de laquelle ni famille, ni amis, ni pédagogues ne purent l’extraire.

En revanche, les professionnels repérèrent ce prodige mais n’arrivèrent pas plus à le canaliser. Le gamin n’en faisait qu’à ses doigts qui gardaient, encore aujourd’hui, les stigmates d’un apprentissage précoce, intuitif et génial.

De lui-même, il sut recomposer les standards de la R&B, de la soul, du funk, du blues… comme s’il avait baigné dans cette atmosphère sonore, alors que pas du tout ! Avec sa Fender Precision Bass que sa taille d’enfant à ses débuts n’aidait guère, il apprit à se laisser apprivoiser par elle, avant d’aller se perfectionner au Conservatoire municipal au coin de la rue à qui il s’obstinait à mettre une majuscule car de là partirent ses gammes de noblesse.

Rien ne résistait à son jeu unique, reconnaissable entre tous.

Il croisa quasi par hasard, mais avec cet espoir insensé de le voir ne serait-ce qu’une fois, un de ses maîtres spirituels, pour ne pas dire Le Maître, dont il imitait la modestie, le jeu aussi souple qu’une respiration, la décontraction, sans s’adonner à ses excès, préférant se préserver de toute idolâtrie. William se soumit dès lors à une discipline personnelle de bonne grâce pour se montrer digne de la prise de relais reposant sur cette seule phrase du « Hook » : C’est le toucher qui fait le son – avant de lui pointer le cœur de l’index – C’est là, à l’intérieur, dans le cœur ! Le « Greatest Bass player » mourut trois ans après cette rencontre fortuite, le gamin à la dextérité déjà légendaire poursuivit la route ouverte par les plus grands avec ses lignes mélodiques et syncopées, le jeu à l’index par la main droite et des cordes à forts tirants. A l’instar de James J.

Il rêvassait ainsi sur un banc près du Conservatoire – l’autre, le national – entre deux cours à donner, à griffonner une nouvelle partition quand une bande de jeunes gens débraillés et braillards l’apostrophèrent.

Le musicos est connu dans le coin, et pas qu’ici, où que tu ailles dans le pays, son nom ouvre la voie du Paradis, même si on y croit pas trop à son histoire, un gamin de cinq ans découvre une Fender et comme ça d’un claquement de doigts devient un dieu de la gratte, nawak ! Eh m’sieur, pouvez raconter encore l’histoire ? Parce que franchement c’est dur à y croire !

Vous n’en avez pas marre de l’entendre ?!

Nan, en plus, on a rien d’autre à faire.

Qu’est-ce qui vous intéresse ? L’histoire ou la musique ?

Ton histoire à toi avec la musique.

Ah ah… elle pourrait vous donner des idées, alors écoutez, écoutez bien la basse et on en rediscute après :

https://www.youtube.com/watch?v=IC5PL0XImjw Marvin Gaye & Tammi Terrell. A la basse : Monsieur James Jamerson

© Louise Salmone

23 commentaires sur « 107. William »

  1. J’ai tout de suite pensé au meilleur ami de mon fils qui s’appelle William et est passionné par la musique. 🎸🎼Souvent, il vient jouer de la guitare chez nous pour que sa famille retrouve le silence. Superbe histoire, comme toujours et magnifique chanson. Joyeuses Pâques Louise. ☀️🐣

    Aimé par 2 personnes

    1. Votre histoire ne pourrait mieux illustrer cette histoire, saluez « votre » William de ma part, nous sommes solidaires de son art et quelle chance pour lui d’avoir trouvé une autre famille pour accueillir ses créations, apprentissages, merci beaucoup pour votre lecture, à vous aussi de joyeuses fêtes de Pâques en famille, entre amis, très bon week-end 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. « Guette art ! » lui disait en secret son idole. Il avait plus de cordes à son instrument qu’il en fallait pour imiter Jimi Hendrix : un jour il cassa sa guitare électrique sur scène, lui aussi, puis se cassa dans le Larzac, loin de la foule déchaînée et des ovations assourdissantes.
    Une guitare « sèche » lui suffit pour fredonner quelques ballades de Brassens lorsque la lune se couchait tranquillement au-dessus du feu de bois. 🙂

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci beaucoup pour votre lecture et votre retour, au plaisir de vous lire (car j’apprécie aussi vos textes 🙂 ) , très bonne journée
      Thank you very much for your reading and your return, looking forward to reading you (because I also appreciate your texts :-)), very good day

      J’aime

  3. Vous rendez là un bel hommage à tous les musiciens de l’ombre qui se plient en quatre (ou 5 cordes) pour éclairer la scène de leur gravité et mettre en lumière tous ces gratteurs assis corps de sons doux acidulés et d’esprit aigre aigu. 🙂

    Aimé par 2 personnes

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