122. Thanatos sans Éros

Sa personnalité se développe aussi grâce à son prénom, ça ne fait pas tout mais ça y contribue drôlement.

Cet adage familial a bercé toute son enfance. De fait, Jordan sait porter son prestigieux prénom qu’il doit à son jour de naissance, un 23 comme le numéro de maillot de l’immense basketteur au NBA Michael Jordan, et parce que son frère aîné s’appelle déjà Mickaël.

Il n’a ni le physique, ni le talent du joueur international, mais il croit que chacune et chacun d’entre nous arrivent au monde avec un don. Il a su surmonter ses handicaps, à première vue, pour porter avec brio ce prénom qui claque comme une promesse : Jordan, dont il prononce le e muet final avec un accent chantant.

Dans son métier, ce prénom l’aide. Une fois murmuré, tout en délicatesse, impossible de l’oublier, et Jordan par-ci, et Jordan par là, incontournable pendant les quelques jours qui peuvent changer le cours d’une vie – il le pense mais ne le dit pas nécessairement. Jordan se considère comme Le sésame pour traverser les fleuves de larmes et s’en revenir sur les rives de la vie afin d’aller de l’avant.

Jordan croit en sa destinée au plus près des aléas de l’inéluctable.

Il lui arrive de commettre quelques impairs, une petite erreur, parfois plusieurs, mais l’erreur est humaine.

Jordan assume ; il faut voir le nombre de dossiers qu’il doit gérer !

Voilà ce qu’il explique aux clients. Il voudrait bien les y voir – bien sûr il se garde bien de le leur faire remarquer, mais insiste sur le fait qu’il agit au mieux et que oui un faire part entaché d’une faute orthographique, une confusion patronymique dans le discours, une mauvaise coordination au cours de la cérémonie peuvent gâcher des obsèques.

À dire vrai, personne ne lui en tient rigueur, les circonstances ne s’y prêtent pas. Personne ne relève à haute voix son incurie. En contrepartie, les retours sur l’expérience client sont très faibles, très peu de bons commentaires, en réalité aucun.

La mort est un business comme un autre. Jordan s’en étonne toujours que les gens comprennent si peu cette évidence. Mais bon avec le métier qu’il fait, pas le temps de s’appesantir sur le peu de considération desdits gens.

© Louise Salmone

https://www.youtube.com/watch?v=Rht7rBHuXW8 Rosalía – Malamente

15 commentaires sur « 122. Thanatos sans Éros »

  1. C’est vrai que la mort est un business comme un autre. Même assez lucratif si je me réfère aux tarifs d’un service funèbre…
    Quand j’étais gosse, on me disait que par sécurité de l’emploi je devais choisir un job dans les trois catégories qui n’auront jamais de chômage: la bouffe, le cul et la mort. Oups, pardon pour la trivialité de mon propos… mais je maintiens sa véracité!
    J’ajoute qu’il y a une soixantaine d’années je prenais mon déjeuner dans le même restaurant que les employés des pompes funèbres du quartier. Je ne vous dis pas les gags et les éclats de rire de cette catégorie de travailleurs. Comme quoi!

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