141. L’écrivain

Ce matin-là, il rechignait tant à se lever que son chien dut le pousser à coups de truffe hors du lit.

Devait-il mettre cette soudaine fatigue sur le compte de l’âge ?

Ou serait-elle due à la lassitude des ronds de jambe, des salamalecs, des invitations qu’il devait décliner trop occupé par sa vie que d’aucuns supposaient fantastique alors qu’elle s’avérait simple ?

Le grand public ne souhaitait pas savoir qu’il ne passait ni journée ni nuit entières à écrire ; non, une heure ou deux au plus, et pas nécessairement tous les jours, ce qui lui laissait un temps considérable pour discuter, débattre, observer, noter, ne rien faire, rire, pleurer.

Il aimait bien.

Ecrire ne le faisait pas souffrir. « Ses » mots qui vibraient de vivacité, de joie lui venaient facilement. Il raturait peu. Il n’évoquait jamais sa personne bien qu’il se considérât d’excellente compagnie.

Ou peut-être parce qu’il avait rencontré l’autre jour, en bas de chez lui, une bande d’enfants fort charmants, entre 3 ans et 10 ans, qui ne le connaissait pas, non vraiment pas, n’avait jamais entendu parlé de lui et s’en moquait en toute franchise qu’il soit un écrivain connu et reconnu ?

Ceux-ci lui firent une drôle de proposition : qu’il leur écrive des histoires qui parlent de la nature, des animaux, des enfants, des copains, des adultes, des jeunes, des vieux, des éclats de rire, des immenses chagrins, de la vie, de la mort… la vie quoi ! Il pourrait faire ça l’écrivain ?

Ce matin-là, il se dit qu’il ferait bien d’accepter, ça ne changerait pas grand-chose à ses habitudes si ce n’est un lectorat qui aurait la décence de ne pas l’inviter à des goûters et autres fadaises et à le laisser écrire en toute simplicité.

Louise Salmone©

26 commentaires sur « 141. L’écrivain »

  1. J’ai pris du temps pour parler de votre texte… mais j’ai des justifications:
    1° J’ai passé quelques heures à chercher si vous n’aviez pas placé subrepticement des caméras chez moi, car je me suis immodestement retrouvé dans votre portrait.
    2° J’étais doublement occupé, à penser à ce que je devais écrire et… à renoncer à écrire jusqu’à janvier!
    Bravo pour votre texte et amicales salutations.

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  2. Un récit opportunément contre-productif, en ces temps bardés d’injonctions à l’efficacité, au rentable, voilà de quoi de quoi conforter les plaisirs de la table; fussent-ils de chère ou de plume.
    Merci pour ce moment, Dame Louise.
    Profitez bien, toi et les tiens ❤🎄

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  3. J’ignore si c’est ce chien qui est à l’origine de la marque déposée : « Nos amis les humains sont formidables ! © », mais je ne suis pas forcément d’accord avec lui, il y en a quelques uns de bien et beaucoup d’autres nettement mois bien, et il conviendrait de toujours s’en méfier ! 😉

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